Jeudi 25 septembre 2008

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Institut de géographie

191 rue Saint-Jacques

Cours № 1 ; 16h30 - 18h30


Le concept d’espace en géographie

par Denise Pumain

Introduction

I

l y a trois entrées en géographie (http://hypergeo.free.fr) qui sont la spatialité des sociétés, les régions et territoires et enfin, les relations sociétés/environnement. La structure des hypertextes se prête bien à ces entrées, car c’est un véritable réseau qui se forme. Ce dont nous parlons aujourd’hui est une catégorie fondamentale de la pensée géographique.

I)                   De la sémantique à l’analyse

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ans la sémantique de ce terme – espace – c’est le sens que l’on donne à un mot dans une discipline et une perspective donnée. Il faut un peu d’attention pour bien cerner l’espace. L’espace, pour le commun des mortels, c’est le spatial, c’est-à-dire la notion de l’Univers dans lequel la planète n’est qu’un infime partie. De façon plus raisonnée, l’espace est la géométrie ordinaire où il existe trois dimensions, et c’est un ensemble infini de points et des relations que l’ont ces points entre eux, c’est un espace continu, homogène, isotrope, et, au niveau vulgaire, l’espace est euclidien. Cet espace, implicitement, est neutre, identique à lui-même.

L’espace des cartes topographiques est manipulé avec les mêmes règles que l’espace géométrique, à ceci près que l’échelle des altitudes est extrêmement exagérée vis-à-vis de l’échelle des longitudes et des latitudes. On a besoin d’une construction intellectuelle qui qualifie un ensemble de lieux. Il y a des relations entre ces différents lieux, qui peuvent être de perceptions, de représentations mentales, d’échanges de biens, de personnes ou d’informations, etc. Mais il s’agit de relations mentalement construites. Notre intellect est socialisé par toutes nos expériences culturelles.

Il peut y avoir des obstacles aux relations entre les lieux ; cet espace est hétérogène à la surface de la Terre, à un moment donné et au cours des périodes historiques. La manière et la nature des relations construites entre les lieux sont différentes.

L’espace est anisotrope (l’espace ne possède pas les mêmes propriétés dans toutes les directions). L’espace n’est pas euclidien soit, les distances ne se calculent pas partout de la même façon, et ce à partir des vitesses de circulation. La perception des distances est logarithmique pour notre esprit. Elle varie en fonction de notre position dans le monde également. Elle est évolutive ; l’espace des circulations et des représentations de l’homme du Moyen Âge n’est pas le même.

II)                L’espace comme concept en géographie

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’espace comme concept géographique, ce n’est pas une zone, ni un lieu, ni une région du monde, ni un « territoire ». Il se définit par la forme (type et structure des « distances », organisation des espacements, valeur des liens) que prennent les relations entre les lieux pour un individu, pour un groupe, ou pour une entité géographique à différentes échelles. Un espace a des relations, mais différentes d’un territoire.

La topologie vient des mathématiques, et permet de travailler qualitativement sur un espace.

III)             Usages du terme espace en géographie

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’espace géographique est une étendue terrestre utilisée et aménagée par les sociétés en vue de leur reproduction selon Roger Brunet. C’est aussi un ensemble des lieux et de leurs relations. Au sens banal, c’est une portion définie de la surface de la terre (pas nécessairement une région, un territoire ou un système spatial) (Roger Brunet et al, 2005 : Les mots de la géographie. Paris, Reclus/La Documentation française, 3e éd., 520 p.).

A)    Des origines du concept d’espace géographique

1)      Les ancêtres

·        Camille Vallaux réfutant l’idée de l’espace en soi de Ratzel (1911) et évoquant les expériences contrastées du commerçant de Rotterdam et du paysan français. C’est l’élargissement ou le resserrement de l’horizon pensé par le groupe.

·        Jean Gottman, 1950, parle de l’organisation de l’espace. C’est l’espace accessible aux hommes, un espace de qualité, différencié et de qualité, concret, mais complexe, limité, mais en expansion, accessible, mais organisé.

·        Éric Dardel, dans le même contexte et en réaction identique au défi que les économistes lancent, dans L’homme et la terre, il va définir l’espace géographique est solide, liquide ou aérien, un horizon, etc.

2)      Organisation de l’espace

Maurice-François Rouge, 1947 : La géonomie ou l’organisation de l’espace

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’espace peut être l’organisation ou encore l’analyse de cet espace. On parle de la production de l’espace, c’est-à-dire ce qui relève de l’action et de son résultat. Edouard Ullmann, en 1954, dans Geography as spatial interaction propose de fonder l’explication des différenciations géographiques non plus sur les relations verticales entre les sociétés et leur environnement (notion de site, conditions locales de milieu) mais sur les relations horizontales établies par la circulation, les connexions et les interdépendances régionales qui en résultant.

Mackinder (1896) dit que l’homme voyage et que l’homme s’installe. Ou encore Joël Bonnemaison en 1985 écrit L’arbre et la pirogue. L’interaction spatiale est une notion dynamique, c’est le moteur de la différenciation géographique.

Johann Heinrich von Thünen publie cette œuvre mondialement connue : Der isolirte Staat in Beziehung auf Landwirthschaft und Nationalökonomie où il met en relation l'agriculture et l'économie nationale.

B)    Dans ces différences épistémogiques

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ne approche inductive (regarde la réalité et l’on cherche un modèle, une théorie) peut étudier la spatialité des sociétés. Une approche déductive (on part de la théorie pour aller vers les observations) et prédictive ce qui aboutit par exemple à des théories et modèles de l’analyse spatiale. Dans la pratique, on effectue les deux : c’est le rétroductif.

Il y a cinq fonctionnalités universelles, organisation en systèmes spatiaux, différenciés selon les sociétés et les époques :

D’après Philippe et Geneviève Pinchemel, 1988 : La face de la Terre. Paris, A. Colin. Repris par Roger Brunet dans Mondes nouveaux en 1990.

Théories et modèles de l’analyse spatiale (déductifs et prédictifs)

IV)             Représentations de l’espace géographique

Trames spatiales : formes issues de processus de différenciation indépendants, révélés à partir des combinaisons d’indicateurs identifiés par analyse multivariée (Racine et Raymond)

A)    L’espace d’accessibilité

1)      Phénoménologie et représentations

Armand Frémont, 1976 : L’espace vécu.

Colette Cauvin, 1984 : L’espace cognitif.

Sylvie Rimbert, 1975 : Paysages urbains.